À la découverte des charcuteries et préparations emblématiques du terroir girondin

26 février 2026

Les racines rurales d’une charcuterie de terroir

La charcuterie girondine s’ancre dans une histoire agricole forte : l’élevage de porc, de canard et d’oie, la gestion prudente des ressources, et l'art ancien de la conserve. Dès le Moyen Âge, paysans et artisans développent des savoir-faire qui se transmettent de génération en génération. Jusqu’au XIXe siècle, les abattoirs bordelais (rue des Menuts notamment) et les marchés (Capucins, Saint-Michel) fournissent la ville en denrées porcines, alors que la campagne voisines perfectionnent boudins, rillettes et confits destinés à affronter l’hiver.

Contrairement à d’autres régions, la Gironde s’inspire autant du Sud-Ouest (influence gasconne) que de l’océan Atlantique. Résultat : une diversité étonnante, du salé au sucré, du rustique à l’élaboré. Les artisans locaux revendiquent la proximité (circuits courts), la simplicité, mais aussi une gourmandise affirmée.

Les charcuteries typiques : entre tradition et originalité

Le grenier médocain : la star méconnue du Médoc

Peu connu hors de ses frontières, le grenier médocain est pourtant une institution du patrimoine girondin. Il s’agit d’un « boudin blanc » non farci, inventé au XIXe siècle dans la presqu’île médocaine, à l’occasion du « tueur du cochon » (la fête de la Saint-Martin ou de l’Épiphanie). Sa recette ?

  • La panse de porc (ventre), soigneusement nettoyée et pochée,
  • Un assaisonnement généreux de sel, poivre, ail, clous de girofle, muscade et piment,
  • Un découpage en lamelles, roulées puis ficelées avant cuisson dans un bouillon parfumé,
  • Un pressage puis un affinage de plusieurs jours.

Le résultat : une charcuterie goûteuse, ferme et subtilement relevée. Dégusté froid, en tranches épaisses à l’apéritif, il s’accorde à merveille avec un vin rouge du Médoc. Fait rarissime, le grenier médocain a obtenu en 2010 une Indication Géographique Protégée (IGP), garantissant sa fabrication locale et sa recette traditionnelle (INAO).

Les grattons : la « gourmandise du pauvre » devenue incontournable

Les grattons, parfois orthographiés « graisserons », illustrent à la perfection la philosophie girondine : rien ne se perd. Ces petits morceaux de couenne et de gras de porc, frits longtemps à feu doux, étaient autrefois la récompense directe des ateliers de charcuterie paysanne. Croquants et fondants à la fois, salés juste ce qu’il faut, ils sont servis à l’apéritif sur une tranche de pain de campagne. On en trouve sur tous les marchés locaux, et jusqu’à 1 tonne par an est écoulée lors des événements gourmands comme la fête de la Saint-Cochon à Pessac (source : Sud Ouest).

La ventrèche de porc : l’invitation au voyage gascon

La ventrèche de porc (ou ventresca) est une poitrine de porc salée, séchée et parfois poivrée. Elle s’utilise crue, en fines tranches sur une salade landaise, ou coupée en dés dans les omelettes et les garbures. Particularité girondine : l’ajout, parfois, d’une touche de piment doux ou d’un poivre long venu d’Espagne. Ce produit typique ressurgit dans nombre de bistrots de Bordeaux, ravivant le souvenir des « casse-croûtes » ouvriers.

Les préparations incontournables du canard et de l’oie

Impossible d’évoquer le patrimoine charcutier girondin sans saluer la tradition du canard et de l’oie, héritée de la Gascogne et des Landes voisines. Si la Gironde ne concentre pas la majorité des élevages (un peu moins de 10% des exploitations « palmipèdes gras » de Nouvelle-Aquitaine, selon la Chambre d’Agriculture), elle abrite néanmoins des producteurs et conserveurs d’exception autour de Bazas, La Réole et l’Entre-deux-Mers.

Magrets fumés, confits et cou farci : l’art du « salé » à la girondine

  • Le magret séché ou fumé, préparé maison ou chez les charcutiers, fait figure de vedette sur les tablées bordelaises : salé, massé aux épices puis affiné, il se savoure en fines tranches avec des noisettes et des figues.
  • Le confit de canard : les cuisses, confites lentement dans leur graisse, se distinguent par leur texture moelleuse et leur parfum délicat. Grand classique du repas dominical, on les accompagne souvent de pommes de terre sarladaises ou d’une poêlée de cèpes du Médoc.
  • Le cou farci: spécialité des grandes occasions, le cou de canard ou d’oie est désossé puis rempli d’un mélange de chair de volaille, de foie, d’herbes, parfois d’Armagnac ou de vin blanc sec, avant une lente cuisson. Servi froid, il offre une mosaïque de textures et de saveurs. Cette tradition, issue probablement des joutes culinaires entre familles bourgeoises et paysannes, trouve encore écho dans certains repas de fêtes locales (source : Dictionnaire de la Gastronomie, Larousse).

Salaisons et conserves : comment la Gironde a dompté le temps

Face à l’humidité ambiante et à la nécessité de constituer des réserves, la Gironde s’est imposée dans l’art des salaisons et de la conserve familiale, longtemps avant l’essor des grandes conserveries.

  • Les rillettes de porc ou de canard : lentement cuites puis effilochées, elles se tartinent sur une épaisse tranche de pain campagnard. Une production locale existe à Saint-Seurin-sur-l’Isle ou Libourne.
  • La terrine de campagne et le pâté bordelais : chaque famille possède sa recette, souvent enrichie d’œufs, de cognac ou de truffe noire lorsqu’il y en avait.
  • Le foie gras entier : réputé pour sa pureté, souvent proposé en bocaux chez les fermiers, il demeure l’un des fleurons des tables girondines de décembre à janvier. D’après la Fédération des producteurs du Sud-Ouest, la Gironde consomme près de 80g de foie gras par habitant et par an, un record national.

Plus récemment, le retour en grâce des marchés de producteurs et des circuits courts a favorisé l’émergence de petits ateliers pratiquant la stérilisation traditionnelle, en bocaux ou boîtes métalliques, perpétuant un patrimoine hérité du XIXe siècle.

Préparations festives et curiosités locales : un patrimoine vivant

Le salmis de palombe, fierté de l’Entre-deux-Mers

Symbole de la chasse automnale, le salmis de palombe met à l’honneur ce pigeon sauvage qui transite par la Gironde lors de ses migrations. La tradition du salmis : oiseaux rôtis, flambés à l’Armagnac, puis mijotés dans une sauce au vin rouge de Bordeaux, agrémentée de champignons, lardons et croûtons. Longtemps réservé aux tables bourgeoises, il connaît aujourd’hui un regain lors des fêtes villageoises et au menu de certains restaurants gastronomiques.

L’oreille de porc à la bordelaise : la touche populaire

Moins connue, l’oreille de porc bouillie à la bordelaise était courante dans les guinguettes et les bistrots du port autrefois. Servie tiède, assaisonnée de vinaigrette, d’herbes fraîches et de piment d’Espelette, elle séduit les amateurs de “nez-à-queue” et s’intègre encore parfois dans les cartes de bouchons et brasseries traditionnels.

L’échoppe des curiosités : tripes, andouilles et autres délices

  • Tripes à la mode du Médoc : souvent cuisinées au vin rouge bordelais, elles étaient servies lors des fêtes de village à Pauillac ou Saint-Laurent-Médoc au XIXe siècle (source : Archives départementales de Gironde).
  • Andouille et boudin noir girondins : enrichis de mie de pain ou d’herbes aromatiques avec parfois une touche d’ail rose du Quinsac.
  • Le jambon de Bayonne : certes produit à l’ouest des Landes, il connaît en Gironde une popularité historique grâce à la proximité commerciale des ports fluviaux bordelais (source : Musée d’Aquitaine).

Où déguster les meilleures charcuteries girondines ?

  • Bordeaux : les halles de Bacalan, les marchés des Capucins et Saint-Michel regorgent d’artisans (Maison Seguin, la Maison du Jambon de Bayonne) où retrouver grenier, grattons, terrines.
  • Médoc : la Maison du Grenier Médocain (Saint-Laurent) tire son épingle du jeu, labellisée IGP.
  • Entre-deux-Mers & Bazas : fermes et petites maisons familiales proposent rillettes, confits et pâtés artisanaux (projet Saveur des Fermes, Chambre d’Agriculture de la Gironde).
  • Périphérie bordelaise et Libournais : marchés à la ferme, ventes directes et circuits courts pour trouver rillettes, magrets fumés d’élevages locaux (label Qualité Sud-Ouest).

Astuce pratique : la Route de la Charcuterie, itinéraire gourmand du Guide du Routard, propose 12 étapes en Gironde pour partir à la rencontre des artisans et de leurs spécialités (édition 2023).

Trucs et astuces pour choisir, conserver et cuisiner les charcuteries girondines

  • Privilégier l’IGP (Indication Géographique Protégée) et le Label Rouge pour la qualité et l’authenticité.
  • Vérifier la provenance : un bon grenier doit provenir du Médoc, une ventrèche d’un élevage fermier (race Nustrale ou Large White).
  • Déguster les rillettes à température ambiante pour révéler toutes les saveurs.
  • Le grenier médocain supporte très bien la congélation, contrairement à la ventrèche qui risque de perdre son moelleux.
  • Les grattons s’épanouissent sur une salade d’endives ou en topping de velouté de potimarron.
  • Pour préparer un plateau typiquement girondin, marier charcuteries, fromages régionaux (tomme de Bazas, chèvre de l’Entre-deux-Mers) et pain de seigle. Ajouter quelques raisins frais lors de la saison des vendanges pour une note sucrée-salée irrésistible.

La transmission vivante, entre tradition et renouveau

La rue bordelaise, les halles vibrantes, la fête du cochon, les tables familiales : en Gironde, la charcuterie s’incarne autant dans le geste de l’artisan que dans l’assiette du quotidien. Aujourd’hui encore, les savoir-faire charcutiers locaux se réinventent : les jeunes chefs revisitent les grands classiques (burger au confit, nems de grenier), tandis que les bouchers-charcutiers multiplient formations et innovations autour du canard, du porc de plein air, du local et du durable (Collège Culinaire de France).

Adeptes de traditions ou curieux de nouveautés, chacun trouvera dans le patrimoine charcutier girondin une myriade d’expériences à explorer. Qu’il s’agisse d’un grenier coupé à la main dans une cave du Médoc, d’un confit onctueux servi à la ferme, ou d’une terrine dégustée sur les quais, ces spécialités continuent de porter haut la gourmandise et l’authenticité du terroir girondin.

En savoir plus à ce sujet :