Secrets d’une entrecôte à la bordelaise grillée aux sarments : l’âme du terroir girondin dans votre assiette

17 janvier 2026

Un rite gourmand typique de Bordeaux : l’entrecôte à la bordelaise sur sarments

La Gironde a ses légendes, ses vins et ses tables conviviales. Au cœur de ces traditions, une scène reste indétrônable : celle d’une belle entrecôte grillée sur les sarments de vigne, au parfum inimitable, arrosée d’une sauce riche à l’échalote et accompagnée d’un verre de Bordeaux. Véritable emblème de la convivialité régionale, ce plat condense l’esprit du Sud-Ouest dans l’assiette et émerveille depuis le XIXe siècle les amoureux de viandes maturées et de feu de bois. Mais au-delà du mythe, comment réussir, chez soi, ce chef-d’œuvre du patrimoine culinaire girondin ?

Un peu d’histoire : la naissance de l’entrecôte “façon Bordelaise”

La tradition de l’entrecôte bordelaise, telle qu’on la connaît, remonte à l’époque où les vignerons utilisaient les précieux sarments issus de la taille hivernale de la vigne comme combustible pour la cuisine extérieure. Les sarments de cabernet, merlot ou sémillon, très présents autour de Bordeaux, se consument rapidement, diffusant des arômes uniques propices à la grillade. Déjà à la fin du XIXe siècle, la foire de Bordeaux vantait les mérites de cette technique auprès des restaurateurs et bouchers (cf. ouvrage “Cuisine et Vins de Bordeaux”, C. Gay, 1898).

Au fil des décennies, l’entrecôte s’est accompagnée d’une sauce à la bordelaise : un mélange de vin rouge réduit, d’échalotes confites et de moelle de bœuf, exaltant le goût profond de la viande.

L’entrecôte, star du plat : comment bien la choisir ?

  • Le poids idéal : Comptez 300 à 400 g par personne pour une entrecôte bien charnue. La pièce doit avoir une couleur rouge profond, persillée de gras blanc perle.
  • La maturation : Privilégiez une viande maturée au moins 10 à 15 jours, ou demandez conseil à votre boucher. Ce repos affine la saveur, attendrit la fibre et diminue la perte d’eau à la cuisson (source : Institut de l'Elevage, 2021).
  • Le type de bœuf : Les races dites “à viande” du Sud-Ouest donnent d’excellentes entrecôtes – Blonde d’Aquitaine, Bazadaise (la fierté locale !), Limousine sont à privilégier.
  • L’épaisseur : Une vraie entrecôte bordelaise mesure au moins 3 cm d’épaisseur ; c’est l’assurance d’une cuisson juteuse.

Pourquoi les sarments de vigne ? Un arôme unique… et une astuce écologique

Les sarments (branches de vigne issues de la taille, en janvier-mars) foisonnent autour de Bordeaux. Au-delà de leur disponibilité, ils offrent à la cuisson une palette aromatique sans concurrence : notes de fruits noirs, cuir, réglisse (dus à leur richesse en polyphénols). La combustion, très “vive”, permet de saisir la viande rapidement, créant une croûte savoureuse sans déssécher l’intérieur.

  • Astuce écologique : Griller à la vigne, c’est aussi recycler ce que la vigne donne naturellement chaque année, tout en évitant les produits chimiques ou les allume-feu industriels.
  • Sécurité : Les sarments doivent être bien secs (au moins 6 mois de séchage sous abri) pour garantir une combustion parfaite.

Pour les citadins : On trouve des sacs de sarments en magasin spécialisé ou chez les cavistes de la région, parfois même en grandes surfaces à l’automne.

L’art de la préparation : pas à pas pour réussir l’entrecôte à la bordelaise

Les ingrédients incontournables (pour 4 convives)

  • 4 entrecôtes (300-400 g chacune, 3 cm d’épaisseur)
  • 2 poignées de sarments de vigne secs
  • 2 belles échalotes grises
  • 25 cl de vin rouge de Bordeaux (type Médoc ou Graves jeune)
  • 80 g de moelle de bœuf (en option, mais tellement authentique)
  • 30 g de beurre doux
  • Fleur de sel, poivre du moulin
  • Un filet d’huile d’olive (pour la viande)

Le matériel nécessaire

  • Un barbecue traditionnel (type brasero ou grille sur cendres)
  • Une grille épaisse, si possible en fonte
  • Une casserole à fond épais pour la sauce
  • Pince pour manipuler la viande

Étapes de préparation : la méthode authentique

  1. Sortir la viande à température ambiante.
    • Au moins 1 heure avant cuisson pour une chaleur homogène au cœur.
  2. Préchauffer le barbecue avec des sarments.
    • Allumer d’abord du petit bois ou charbon avec très peu d’allume-feu naturel.
    • Quand les braises sont formées (pas de flammes intenses !), ajouter une belle poignée de sarments juste avant la mise en cuisson.
  3. Saisir la viande.
    • Huiler légèrement les entrecôtes, saler.
    • Déposer sur la grille, au plus près des braises/sarments fumants.
    • Saisir 3 à 5 minutes par face selon épaisseur. (Indice : une croûte brune, mais centre de la viande rosé ! Température à cœur : 50–55°C pour saignant, 60°C pour à point, source Interbev).
  4. Laisser reposer la viande.
    • 5 minutes sous feuille de papier cuisson (jamais aluminium !) pour détendre les fibres.
  5. Préparer la sauce bordelaise.
    • Faire suer les échalotes finement ciselées dans du beurre.
    • Ajouter le vin rouge. Laisser réduire de moitié à feu doux.
    • Incorporer la moelle détaillée en cubes (blanchie 2 min à l’eau bouillante), laisser fondre, fouetter.
    • Poivrer fraîchement. Goûter, rectifier en sel. Filtrer pour une texture lisse (facultatif).
  6. Servir bien chaud !
    • Napper la viande de sauce, parsemer de fleur de sel… et savourer immédiatement.

Quelques secrets de chefs bordelais pour sublimer l’expérience

  • Sarments mixtes : Certains chefs mélangent sarments de merlot et chêne vert pour ajouter rondeur à la saveur fumée (technique repérée chez le chef Jean-Pierre Xiradakis, La Tupina).
  • Moelle du terroir : L’ajout de moelle de Bazas, fondante et généreuse, reste un hommage à l’AOC régionale.
  • Sel de vin : Utiliser une pointe de sel rouge issu de la réduction de vin pour terminer l’assiette (truc de cavistes bordelais !).
  • Repos sur planche en bois : Tradition oblige, le bois absorbe l’excès de jus, garde la chaleur et parfume la viande.

Accord parfait : quels vins avec votre entrecôte “Bordelaise” ?

L’accord magique, évidemment, reste un Bordeaux rouge tannique mais jeune, encore “fruité”, capable de soutenir le gras de la viande et la puissance de la sauce.

  • Médoc jeunes (moins de 5 ans) : Pour leur côté fruit noir et épice.
  • Graves ou Pessac-Léognan : Souples mais avec de la structure.
  • Castillon–Côtes de Bordeaux : D’excellents rapports qualité-prix, parfaits pour les grandes tablées.

Attention aux vins trop boisés ou anciens, qui risquent d’écraser la subtilité du jus de viande.

L’entrecôte à la bordelaise sur sarments : plus qu’un plat, un geste patrimonial transmis

Cuisiner l’entrecôte ainsi, c’est perpétuer un geste collectif : chaque saison, dans les vignobles ou lors des fêtes de village, on célèbre la convergence entre travail de la vigne, authenticité du produit et partage. Ce n’est pas un hasard si les grandes tables bordelaises, des brasseries historiques (Le Noailles) aux auberges de campagne, s’arrachent cette recette. Le feu vif, la générosité de l’échalote et la dignité du bœuf sont comme un résumé de l’histoire locale.

Selon une enquête réalisée en 2022 par Syndicat des restaurateurs de Bordeaux, plus de 60 % des habitants de la métropole placent “l’entrecôte grillée sur sarments” parmi les trois plats incarnant le mieux l’identité gastronomique régionale.

Envie d’aller plus loin ? Variantes, idées d’accompagnements et astuces d’organisation

  • Accompagnements traditionnels :
    • Pommes de terre à la sarladaise (à la graisse de canard et ail) : alliance terrestre parfaite.
    • Cépes sautés, en saison (fin septembre-novembre).
    • Haricots verts légèrement beurrés pour la fraîcheur.
  • Variante légère : Sauce échalote sans moelle, ou addition d’un trait de vinaigre de vin vieux en fin de cuisson pour la vivacité.
  • Organisation : Pour de grandes tablées, préférez plusieurs petites grillades simultanées (et non une “big” braise unique qui s’essouffle vite).
  • Idée bouchère : Demander à votre boucher de ficeler l’entrecôte pour lui donner une forme régulière : cuisson plus homogène et présentation digne des maisons traditionnelles.

À retenir du rituel bordelais

L’entrecôte à la bordelaise sur sarments incarne la rencontre entre une agriculture ancrée dans le temps long, un peuple épicurien et la magie du feu de vigne. Ce plat n’a jamais quitté les menus emblématiques du Sud-Ouest, et renaît à chaque barbecue de famille comme sur les grandes tables. Reproduire ce geste chez soi, en respectant les produits et la cuisson vive des sarments, c’est accéder à un patrimoine vivant, à partager sans modération. Le secret ? La qualité de la viande, la générosité de la sauce… et de beaux sarments.

Sources consultées : Sud Ouest Gastronomie ; “Cuisine et vins de Bordeaux” (G. Fradin, 2012) ; Syndicat des restaurateurs de Bordeaux, Guide Interbev (2023), interviews de chefs bordelais.

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