Zoom sur trois recettes phares et leurs variations emblématiques
Canelé bordelais : petit gâteau, grandes histoires et créativité débridée
Le canelé (écrit aussi cannelé), avec sa robe caramélisée et son cœur moelleux parfumé au rhum et à la vanille, fait figure d’icône bordelaise. Mais existe-t-il une seule recette ? Bien sûr que non !
-
Recette historique : à l’origine, le canelé serait issu du “canelat”, dessert confectionné par les sœurs du couvent des Annonciades, incluant uniquement farine, sucre, jaunes d’œufs, lait, et parfois une touche de rhum (rentré dans la recette au XVIIIe siècle, suite à la popularité du commerce colonial dans le port de Bordeaux).
-
Variantes familiales : certains ajoutent une pointe de zeste d’orange ou quelques gouttes d’extrait d’amande amère.
-
Variantes contemporaines : plusieurs pâtissiers locaux (ex : La Toque Cuivrée ou Baillardran) proposent des canelés au chocolat, au thé vert matcha, ou encore fourrés à la confiture de figues ou au caramel ! L’ajout de fèves tonka ou de rhum vieux, de miel ou d’eau de fleur d’oranger n’est plus rare.
-
Innovation vielle technique : même la forme du moule évolue : cuivre, silicone, inox, chacune impactant la texture (et la croûte).
Selon la Confrérie du Canelé de Bordeaux, plus de 10 millions de canelés sont dégustés chaque année en Gironde – preuve de la vigueur des variations !
Lamproie à la bordelaise : entre patrimoine vivant et adaptation moderne
Ce mets, longtemps réservé aux grandes occasions, décline la lamproie, étrange poisson-serpent vivant en Garonne, pochée dans une sauce au vin rouge, poireau et ail, parfois liée au sang et accompagnée de croûtons grillés.
-
Préparation classique : la tradition veut qu’on récupère le sang pour lier la sauce, créant ainsi une saveur et une texture particulières.
-
Variantes “plats de fête” : dans certains cercles girondins, on ajoute une pointe de chocolat noir (amertume), ou plus de piment d’Espelette, ou on emploie un assemblage de vins (Médoc, Graves, voire un soupçon de Porto).
-
Relectures éclairées par la rareté : le coût et la rareté de la lamproie aujourd’hui poussent certains restaurateurs à revisiter : substitut à l’anguille, au bar fumé, ou à proposer des sauces similaires avec des poissons plus répandus.
-
Recettes végétariennes d’inspiration lamproie : quelques chefs proposent des déclinaisons “marine & terre” en travaillant de la betterave ou de l’aubergine grillée dans une sauce au vin et champignons, pour rappeler la structure, la couleur et l’umami du plat.
Aujourd’hui, à cause de la diminution drastique des prises (moins de 200 tonnes annuelles dans toute la France, FranceAgriMer 2022), la recette classique devient une rareté, et l’innovation gagne du terrain.
Entrecôte à la bordelaise : le terrain de jeu préféré des restaurateurs
Ce plat populaire consiste en un morceau de viande généreux, grillé, servi nappé d’une sauce à base d’échalotes, vin rouge, moelle.
-
Version canonique : moelle fraîche, vin rouge du Médoc, réduction, sel de Salies, abondance de persil, poivre au moulin : une recette codifiée depuis le XIXe siècle.
-
Interpétations récentes : certains allègent la sauce (beurre clarifié, vin blanc, échalotes confites à la graisse de canard) ; d’autres la montent comme une béarnaise ou y ajoutent une réduction de bourgeon de cassis (clin d’œil côte-d’Or).
-
Le végétal séduit : dans des cantines contemporaines, on propose une version “entrecôte végétale” : steak de céleri ou de champignons portobello, accompagné d’une sauce au vin rouge, jus de betterave et moelle végétale (souvent purée d’ail confit et huile d’olive).
-
Épices du monde : la sauce peut aussi être pimentée (piment d’Espelette), parfumée à la coriandre ou relevée au poivre de Sichuan.
Ce plat figure d’ailleurs parmi les trois recettes préférées au restaurant des Bordelais selon une étude menée par Bordeaux Tourisme en 2023.